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Où voulons-nous aller ?

Où voulons-nous aller ?

Où avons-nous envie d'aller ?
Agence Macau Photo

Question apparemment banale. 

Pourtant, combien d’entre nous avons parfois l’impression d’être comme le hamster qui marche sans fin dans sa roue d’exercice ? 

Combien d’entre nous avons parfois l’impression de courir tout le temps sans vraiment savoir pourquoi ? 

Dans un article précédent (Je cours donc je suis), j’avais abordé l’effet de groupe qui influence le rythme de notre marche.

Un an et un déménagement à la campagne plus tard, je réalise que l’influence est bien plus systémique.

Mon métier comme ma vie personnelle m’invitent de plus en plus à interroger le sens de cette course à la croissance.

Je suis né en France en 1974. Depuis cette date, mon pays n’a jamais connu d’équilibre budgétaire et son endettement n’a cessé de croître.

Depuis que je suis en âge de les identifier, j’ai toujours vu des personnes qui tentent de survivre dans la rue. Les inégalités m’ont toujours paru criantes, le déterminisme social toujours aussi cruel.

Depuis que je suis en âge de travailler, j’ai vécu des moments extraordinaires en entreprise mais j’ai aussi vu beaucoup de personnes se consumer dans leur job.

Depuis 1974, il y a toujours eu en France entre 1 et 3 millions de personnes sans emploi et des millions d’autres qui se battent pour ne pas perdre le leur. 

Et puis, en 46 ans, un “continent” de plastique de 3 fois la taille de la France s’est créé dans les océans, la planète a perdu 60% de ses animaux vertébrés, la date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources que la Terre peut produire annuellement est passée de fin novembre à fin juillet. 

Par ailleurs, le formidable développement industriel qui a eu lieu à l’échelle mondiale sur cette période a malheureusement entraîné une augmentation sans précédent des émissions de gaz à effet de serre par habitant, hypothéquant toujours un peu plus chaque année l’habitabilité de notre planète.

Bon là, vous vous dites peut-être : “encore un écolo-bobo-collapso-emmerdeur de plus !”

Même si certains de ces qualificatifs ne me sont pas totalement étrangers, il n’en demeure pas moins que je n’ai pas tout à fait le profil type.

Diplômé d’école de commerce, je profite pleinement du système actuel et le nourris depuis toujours. J’accompagne le développement des entreprises depuis plus de 20 ans et suis moi-même entrepreneur depuis 10 ans.

J’ai la chance de pouvoir voyager, consommer, apprendre, construire et investir.

Pour autant, mon métier comme ma vie personnelle m’invitent de plus en plus à interroger le sens de cette course à la croissance économique. 

En effet, à quoi cela sert-il de se sentir comme un poisson dans l’eau si l’eau en question abrite plus de déchets que de merveilles ? 

Le système humain actuel repose sur une recherche de croissance économique et matérielle infinie sur une planète qui, elle, par définition, est limitée.

Il ne me semble donc pas nécessaire d’avoir fait de longues études pour comprendre qu’à peu près tout ce que nous produisons aujourd’hui comme biens et services se fait au détriment d’un morceau de planète.

Dire cela ne signifie pas être décroissantiste, collapsologue ou complotiste. 

Dire un fait scientifiquement reconnu signifie juste que l’on croît dans le progrès. Celui-là même qui a permis aux êtres humains de comprendre les phénomènes qui les entourent, de partager cette compréhension et de faire des choix en conséquence.

Ce même progrès scientifique qui nous permet de savoir que, depuis 4,6 milliards d’années, la Terre a connu de nombreux changements climatiques drastiques avec des glaciations inimaginables pour nous, des dislocations de continents et des bouleversements géologiques qui ont donné des trucs sympas comme l’Himalaya ou la Cordillère des Andes, des perturbations orbitales, des hivers nucléaires provoqués par l’activité volcanique, des bombardements de météorites ou d’astéroïdes, cinq grandes extinctions de masse… et qu’elle s’en est toujours remise. 

Ce même progrès scientifique qui nous informe donc que l’enjeu n’est pas de sauver la planète, c’est de sauver notre peau à nous les humains. 

Alors, que faire ?

Je trouve utile de rapprocher le rythme insensé de nos vies quotidiennes avec cette course effrénée à la croissance économique.

En écrivant ces lignes, je ne juge personne et ne me réclame d’aucune vision partisane. Je n’ai de légitimité que celle d’un simple citoyen, entrepreneur, père et amoureux de la vie. 

Pour autant, je trouve utile de rapprocher le rythme insensé de nos vies quotidiennes avec cette course effrénée à la croissance économique. Cette sacro-sainte croissance sur laquelle tout repose (les budgets publics, privés et domestiques) et dont, je le répète, je suis le premier à profiter mais qui, pourtant, se révèle de moins en moins désirable à mes yeux, du moins en l’état.

Si je travaille dur et si mon esprit est accaparé par le boulot, même quand j’aimerais qu’il en soit autrement, et que, ce faisant, je contribue à rendre la planète de moins en moins vivable, quel est le sens de tout ça ?

Je crois qu’il est essentiel, pour ceux qui le peuvent, de chérir ces moments exempts de toute stimulation physique

Dans son livre Le bug humain, le docteur en neurosciences Sébastien Bohler nous explique pourquoi nous autres humains préférons assouvir des plaisirs immédiats plutôt que de réfléchir aux conséquences de nos choix. Il met également en lumière notre addiction au “faire pour faire”, vous savez ces moments où nous préférons faire n’importe quoi (cliquer sur une énième notification, jouer à CandyCrush ou Soccer Stars sur notre smartphone…) plutôt que ne rien faire.

Or, retrouver cette capacité d’inaction nous serait profitable car cela permet de prendre du recul par rapport à nos actions, de faire du tri, de savoir qui on est, de réfléchir à nos désirs profonds, de se projeter dans l’avenir…

Bon, réfléchir, se poser et faire le point avec soi avant d’agir, c’est pas franchement neuf je vous l’accorde. Ce qui l’est en revanche par rapports aux générations précédentes, c’est notre smartphone. L’omniprésence de cet outil (par ailleurs extraordinaire) a décuplé notre capacité à occuper notre espace mental, partout et tout le temps. 

Dit autrement, je crois comme Sébastien Bohler qu’il est est essentiel, pour ceux qui le peuvent, de retrouver notre capacité d’inaction, de rechercher et de chérir ces moments exempts de toute stimulation physique.

Et de se demander : où voulons-nous aller ?

Aux chanceux, dont je fais partie, qui n’ont pas à chercher comment ils vont nourrir leur famille dans les prochains jours, je propose d’arrêter de faire le hamster.

Posons-nous un instant. 

Regardons ce qui nous émeut. Accordons de l’attention à ce qui est le plus précieux pour nous.

Visualisons le monde dans lequel nous avons envie de vivre et dans lequel nous avons envie que nos enfants vivent.

Et faisons un premier pas dans cette direction, aussi infime qu’il nous paraisse, puis un second puis un troisième…

Chacun aura son approche, sa vision, sa direction. Peu importe, comme le dit Saint-Exupéry, l’important n’est pas de prévoir le futur, c’est de le rendre possible.

Indépendamment des lobbies de toutes sortes, des pouvoirs d’influence de tous bords, choisissons d’être libres de penser et d’agir à notre niveau.

Sortons un peu la tête de notre smartphone. Reconnectons-nous à la nature dont nous sommes un des acteurs. Expérimentons une vie plus simple et plus riche de liens qui font sens.

Chacun aura son approche, sa vision, sa direction. Peu importe, comme le dit Saint-Exupéry, l’important n’est pas de prévoir le futur, c’est de le rendre possible.

De mon point de vue, le plus urgent, c’est qu’un nombre croissant de personnes accèdent aux informations essentielles et comprennent la situation et les enjeux. 

Plus nous serons nombreux à avoir intégré cette “nouvelle” donne, plus nous serons capables de réfléchir librement et d’imaginer ensemble des futurs souhaitables. 

Parmi les innombrables sources d’information, je vous recommande, pour ma part, de lire, regarder ou d’écouter :

Collapsus : changer ou disparaître ? Le vrai bilan sur notre planète – Sorti en février 2020 sous la direction de Laurent Aillet et Laurent Testot, ce livre présente l’avantage de regrouper plusieurs dizaines de contributeurs aux profils variés : utile pour se faire une idée de l’état des lieux et des perspectives. 

– Corinne Morel-Darleux

– Gaël Giraud

– Guillaume Pitron

– Jean-Marc Jancovici

– Marie-Monique Robin

– Nicolas Hulot

– Pablo Servigne

– Philippe Bihouix

– La chaîne YouTube Penser l’Après (de Stacy Algrain) 

– Le documentaire L’Homme a mangé la Terre, de Jean-Robert Viallet (2019)

– Le podcast Présages d’Alexia Soyeux

– Le site de la NASA dédié au changement climatique

Vous voulez agir mais vous ne savez pas par où commencer ?

Voici quelques pistes :

– https://ilestencoretemps.fr/

http://cacommenceparmoi.org/

https://laffairedusiecle.net/temoin-du-climat/

https://www.colibris-lemouvement.org/passer-a-laction/agir-quotidien

https://www.wwf.fr/agir-au-quotidien

Vous en avez marre des messages anxiogènes et souhaitez vous projeter de manière plus positive ?

Jetez un oeil à cette vidéo :

Je ne me sens pas aligné avec tout ce qui est dit dans ces différentes sources mais peu importe.

Ce qui compte à mes yeux, c’est que chacun.e d’entre nous puisse se faire sa propre idée et tracer son propre chemin.

Bonne route !

Comments (2)

  1. Fabien
    Juil 12, 2020

    Bonjour Laurent, excellent article qui me touche en plein coeur. Tu as su mettre des mots sur un sentiment que j’ai et que je partage. Pas évident de sortir de ce cercle vicieux néanmoins car d’un côté on en profite et de l’autre on en souffre.

    Merci pour tes supers articles !
    Fabien

    • Juil 12, 2020

      Bonjour Fabien, effectivement, c’est pas évident de changer de cadre de référence… Et en même temps, je trouve que ça peut aussi être très stimulant, surtout quand on bouge à plusieurs. Un double merci donc, pour ton partage qui me donne envie de continuer à questionner le monde de l’entreprise sur ces sujets.

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